À moins d'avoir vécu dans un terrier au fin fond des Alpes durant les 3 années passées, il est difficile de ne pas s'apercevoir que la scène française est en train de salement se réveiller lorsque l'on parle de la musique du Diable et qui sent l'anus de bouc. Qu'il s'agisse de Death
Metal en tout genre (
Ritualization,
Skelethal,
Cadaveric Fumes), de Thrash (
Hexecutor,
Mortal Scepter,
Deathroned), de Black crasseux (
Hexen Holocaust,
Goatspell) ou de Black/Death (Absolvtion,
Impure Ziggurat,
Necroblood), ça jailli de partout pire que Rocco en fin d'action ! Séquence “je joue violent et crado avec une couv' de Chris Moyen” avec le premier album de Goatslave, qui débarque direct dans vos platines.
Corrigeons rapidement une légère erreur dans le descriptif du groupe : Goatslave ne fait pas du Black brutal. Enfin...brutal, brutal... Oui bon d'accord, Goatslave ne fait pas non plus dans le gothico-kitsch à base de vampires, tout comme ça ne vous fourre pas le crâne en double comme peut le faire un
1349 par exemple. Et ce n'est pas non plus de l'Occulte à base de capuches (c'est fou comme le sweat à capuche et le bas de soie noir sur la gueule semblent être devenus le nouveau corpse paint), ni de l'Orthodoxe ; En fait, la musique de Goatslave se situe au croisement de plusieurs influences toutes très bien digérées : il y a d'un côté un Black/Death lourd et puant qui rappelle le meilleur de ce que la Finlande offre dans le genre actuellement (
Archgoat en tête, notamment dans le chant bien grave, mais on entend aussi clairement des influences des divers projets de Pete Helkamp, voire de
Incantation, dans les parties les plus lourdes) et de l'autre un Black plus classiquement norvégien (les accélérations et les riffs purement Black ayant une certaine parenté avec
Tsjuder, par exemple) ou finlandaise (un petit côté
Anal Blasphemy parfois). Le résultat est particulièrement puissant et blasphématoire comme il le faut, avec en plus une utilisation très réussie des samples en français pour appuyer le propos des textes.
En parlant du contenu, justement, Goatslave remet au goût du jour quelque chose qui semblait avoir disparu depuis un petit moment dans une bonne grosse frange du Black
Metal : le blasphème. Autant être très clair : Jésus et ses potes ne sont pas ceux de Goatslave, et il faut bien avouer que ça fait du bien de relire à nouveau des textes qui reviennent aux fondamentaux du genre.
Pas de déclarations d'amour à la Nature, pas de trucs bidules machins ritvals de mes couilles, pas de « je fais du Black
Metal mais je suis un adulte alors je vais parler de sujet abstraits lié à mon statut d'être humain », pas de dépression digne d'un épisode de '
Pascal le Grand Frère', pas de samples de comédies franchouillardes pour cacher le vide de la musique : ici, on baise le cul du bouc et on crame des églises en pissant allègrement sur des crucifix.
Quoique bien réalisé, l'album souffre toutefois d'un défaut : la trop grande longueur des morceaux. Avec une moyenne de 6 minutes chacun, il arrive parfois que certains se dispersent un peu sur le milieu ou la fin. Ce qui est dommage, car chacun d'entre eux démarre avec une très redoutable efficacité et certains mériteraient clairement d'être raccourcis pour que leur puissance en soit maximisée. Reste qu'avec 43 minutes au compteur, ce «
Procession Of
Doom » ne suscite jamais l'ennui et se révèle une belle surprise assez inattendue pour un groupe qui n'avait jamais fait parler de lui jusqu'à présent (pas une démo, pas un EP). Il faut espérer que Goatslave soit capable de rendre sur scène toute la puissance déployée sur ce disque : auquel cas, on pourra dire que l'on tient enfin chez nous une réponse valable à l'invasion venue du Nord.
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire