Le premier album des italiens de
Drakkar fut décevant à bien des égards. Trop mal produit, pourvu de chants trop irritants et fardé de quelques défauts mélodiques, notamment dans ses refrains vacillant parfois dangereusement vers une facilité niaise et caricaturale, il laissait pourtant entrevoir quelques qualités musicales remarquablement séduisantes.
Deux ans se seront écoulés depuis cette première tentative infructueuse. Deux ans durant lesquels de nombreux événements auront bouleversés le paysage artistique d'un monde, enfin, éveillé à l'art transalpin. Loin de moi l'idée, d'ailleurs, de ressasser ici, une fois encore, tous les tenants et tous les aboutissants de cette révolution culturelle que provoquèrent les premières œuvres de
Rhapsody, mais néanmoins, il apparait comme proprement impossible de ne pas évoquer, même succinctement, l'impact évident qu'ils eurent sur l'engouement que pouvait, et pourrait, éventuellement susciter, désormais, des travaux italiens. Une bénédiction qui devait donc aussi profiter à
Drakkar.
Alors que ce dernier s'apprêtait à sortir son deuxième véritable album,
Gemini, l'attention était donc focalisée sur ces terres ultramontaines que
Luca Turilli et ses complice nous promettaient d'un intérêt créatif sans commune mesure. L'illusion, bien évidemment, ne put tenir longtemps et bien vite, nombres d'adeptes nouvellement conquis par cette religion se rendirent compte que le talent des uns ne faisait pas nécessairement le talent des autres. Il n'était donc pas forcément sûr que le culte dont était victime
Rhapsody profiterait durablement et pleinement à tous les acteurs de cette scène italienne.
Quoiqu'il en soit, pour en revenir à
Drakkar et à son
Gemini, lorsque ce disque sortis, le dévouement dû aux artistes transalpins était encore une règle sacro sainte. Et si certains de ceux ci ne méritaient pas tout à fait cette considération, eu égard à des travaux médiocres, ils était en droit d'attendre, à minima, un regard distrait sur leurs œuvres. Toutes les conditions contextuelles étaient donc réunis pour que Dario Beretta et ses acolytes suscitent l'intérêt. Mais pour se faire, encore fallait-il que ce deuxième album soit davantage à la hauteur de ces espérances là. Pour se faire, encore fallait-il qu'il soit bien meilleur que son prédécesseur, le moyen
Quest for Glory (1998).
Disons donc, tout de suite, que ce
Gemini nous propose quelques améliorations notoires. Tout d'abord évoquons la production de ce disque qui si elle n'a pas fait de progrès suffisamment important pour octroyer à ce disque quelques relief de nature à lui offrir une dimension pleinement satisfaisante, en aura fait assez pour qu'il acquiert, enfin, la bonne tenue nécessaire à notre plaisir. L'ensemble continue donc d'être un peu trop cru et primaire, mais ce détails est désormais presque anecdotique.
Disons aussi que Luca Cappelari aura grandement progresser dans ses chants et démontrera nettement plus de maitrise en ces aigus qui, autrefois, lui posaient tant de problèmes. Il s'égare encore, parfois, à des hauteurs qui ne sont pas pour lui, mais sans systématisme et avec parcimonie.
Disons encore que l'approche mélodique, qu'on pouvait autrefois reprocher au groupe notamment au cœur de ces refrains presque caricaturaux, est désormais bien meilleure.
Disons surtout que les caractéristiques prometteuses entrevue précédemment sur
Quest for Glory, sont ici encore de rigueur. Ces morceaux de Heavy Speed,
Power Metal inspiré, incisif et efficace donnent, enfin, toutes leurs mesure, fort des corrections apportées. Et ainsi des titres tels que les excellents et prompts Eridan Falls, The
Voice of the
Wind ou encore, par exemple, tels que les plus posés, plus traditionnellement Heavy,
Pure of
Heart et Soldiers of Death, nous séduisent.
Le remarquable The Climb, quant à lui, nous subjuguent de par sa finesse de composition. Dans un prélude presque acoustique, il se développe avant de laisser les riffs tranchants d'une agressivité, insoupçonné dans ce préambule, venir exhausser le tout, pour finalement, laisser parler la vélocité et l'âpreté d'un Heavy Speed entrainant. L'intelligence de la construction laissant ses diverses parties s'enchainer avec une redoutable fluidité, est juste superbe.
L'album s’éteint dans l'infinie douceur d'un joli The Prince of
Victory.
Bien évidemment, au delà de toutes les vertus de ce
Gemini, l'analogie, presque obligatoire, entre
Rhapsody et
Drakkar se fera forcément en défaveur du second. En effet, ce dernier manquant singulièrement, à tous les niveaux, de moyens pour rivaliser. Toutefois le Heavy Speed,
Power Metal, de
Drakkar, épuré de toutes ces aspérités grandiloquente symphonique du premier groupe cité, est absolument convaincant. Et dans un registre, certes, cousin mais légèrement différent, ce
Gemini demeure une excellente surprise.
Toutes les conditions étaient donc remplis pour que
Drakkar recueille la renommé méritoire qu'il était en droit d'attendre après ce très bon
Gemini, mais, malheureusement, il n'en fut pas ainsi et le groupe continua son chemin dans l'ombre.
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